les premiers pas

 

Les premiers pas

Les premiers pas d’une institution en révèlent la nécessité.

I ) – De quoi s’agit-il ?

Les hommes de Science, les hommes de laboratoire sont inquiets. L’homme de Science atomiste, en particulier, qui a libéré les forces obscures, gigantesques élémentaires de l’atome.
« Je suis un homme qui a peur » s’écrie Niels BOHR, Prix Nobel atomiste ; et en écho répond EINSTEIN :

« Les découvertes atomiques ont tout bouleversé, sauf nos modes de pensée ; il faudra que l’humanité découvre de nouveaux modes de pensée si elle veut survivre. »

Cette inquiétude, les biologistes ne l’éprouvent pas moins, gravement émus par les menaces sur la Vie qui sont les conséquences de la civilisation scientifique. Le dialogue s’est donc noué entre les physiciens et les biologistes.
Francis Perrin a dit : « La biologie est la Science des Sciences parce que la biologie c’est la Vie et la Vie c’est l’Homme. »
Robert OPPENHEIMER a dit dans une conversation privée :

« le vingtième siècle ne sera pas seulement le grand siècle de la physique et de la chimie triomphante : il sera le grand siècle de la biologie : l’heure de la biologie sonne à l’horloge de la Science. »

C’est cette confrontation entre les physiciens et les biologistes qui est à l’origine de la fondation de l’Institut de la Vie.
Ici, l’inquiétude des philosophes rejoint celle des hommes de Science. Elle a été magnifiquement exprimée par M. Gabriel MARCEL : « Je dois dire que cette préoccupation de la Vie, de la nécessité de la défendre et, je dirai plus, de resacraliser la Vie (car c’est le plus important) est au premier plan de mon esprit. »
Ce sentiment a grandi en moi que la Vie était de moins en moins aimée, qu’elle était de moins en moins respectée… j’ai écrit cette phrase qui est devenue pour moi en quelque sorte axiale :

un certain pacte nuptial entre l’Homme et la Vie me semble avoir été et de plus en plus rompu.

Mais il n’y pas qu’une menace atomique : l’évolution des techniques et des civilisations fait courir bien d’autres dangers à l’homme.
Ainsi, la Vie est menacée. Pourtant, la mission millénaire de l’Homme, sommet de l’Évolution, est de la perpétuer. Or il vient d’acquérir un pouvoir nouveau, celui d’en abolir les formes supérieures radiosensibles. Ce qui veut dire qu’en cas de catastrophes nucléaires toute vie ne disparaîtrait pas sur Terre… mais toute l’évolution qui s’est poursuivie depuis plus de deux milliards et demi d’années, soit la moitié de l’âge de notre globe, serait à recommencer car les mammifères et les hommes, ces formes supérieures de l’évolution, auraient, eux, irrémédiablement disparu.
Il y a donc eu une montée, une irruption des problèmes moraux, des problèmes spirituels dans les méditations des hommes de science, et cela les a décidés, avec les hommes de pensée, à passer à l’action.
Cette action serait tout d’abord orientée selon deux axes :

  1. Orientation des recherches futures,
  2. Bon usage des découvertes scientifiques.

Le moyen, c’est d’ouvrir le dialogue de la Science et des Hommes, de créer un double courant des hommes vers la Science et de la Science vers les hommes.
L’outil en sera l’Institut de la Vie.


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II ) – L’Institut de la Vie

Conçu au départ comme une Association régie par la Loi de 1901, il vise, comme l’a défini Jean ROSTAND, à créer le « Quartier Général de la défense des Hommes ».
A cette fin, les fondateurs et les premiers animateurs ont décidé de convoquer les 21 et 22 mai prochain au château de BERTANGLES, près d’Amiens, mis à leur disposition par l’un des leurs, un Colloque International auquel ont été invités des savants du monde entier, de toutes races et de toutes couleurs, auxquels le thème suivant sera proposé :

  1. Confrontation des idées et des thèmes tels que l’avenir de l’homme, Science et Politique, Science et Morale, Science et Philosophie.
  2. Inventaire à faire des menaces de la Vie qui découlent de notre Civilisation Scientifique.
  3. Structuration nationale et internationale de l’Institut de la Vie : création d’une sorte de Haut-Lieu, travaillant en toute liberté de recherche, de pensée, d’information et de diffusion.

Le programme d’action de l’Institut de la Vie pourrait, en première définition, se présenter alors comme suit :

  1. Création d’un Laboratoire-Témoin, essentiellement orienté vers la défense de la Vie.
  2. Organisation du dialogue entre les Sciences et les Hommes.
  3. Problème de l’Information, de l’édification d’une morale biologique, éducation des hommes de Science afin de leur montrer d’une manière concrète cette solidarité qu’ils ont avec l’ensemble des hommes.
  4. Création enfin de sections de défense de la Vie et de défense de l’homme dans toutes les académies, dans toutes les associations, dans toutes les Organisations Internationales.
  5. Leur fonctionnement et leur Fédération au sein de l’Institut International de la Vie.
  6. Sensibilisation, adhésion et association des masses à cette tâche gigantesque par l’intermédiaire de leurs institutions représentatives.


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III ) – Développement actuel de l’Institut de la Vie

Légalement fondé en octobre 1960, avec dépôt de ses premiers statuts, par M. le Professeur Agrégé MAROIS et M. François de CLERMONT-TONNERRE, auxquels s’était dès l’origine associé M. Pierre AUBE, l’Institut de la Vie est provisoirement administré par un Conseil composé de :

M. le Professeur MAROIS, Administrateur Général
M. Pierre AUBE, Trésorier.

Assistés de :
M. PERRY, Vice-Président-Délégué Général de la Chambre Syndicale de la Sidérurgie
M. HERRENSCHMIDT, Associé de MM. WORMS et Cie
M. MARCAIS, Géologue
M. Ambroise ROUX, Directeur Général Adjoint de la Compagnie Générale d’Electricité.
Un Comité de Patronage comprend :
Le Duc de GRAMONT, de l’Académie des Sciences
André FRANCOIS-PONCET, Président de la Croix-Rouge Française
André MAUROIS, de l’Académie Française
Gabriel MARCEL, de l’Institut
Jean ROSTAND, de l’Académie Française
René CASSIN, Ancien Vice-Président du Conseil d’Etat
Le Professeur Jean VERNE, Vice-Doyen de l’Académie de Médecine
M. Ch. VAN LANSCHOT, Président de la Fédération Mondiale des Anciens Combattants.
A ce Comité avait adhéré le Duc de BROGLIE de l’Académie des Sciences et de l’Académie Française, récemment décédé.
Enfin, parmi les tout premiers ayant apporté une aide enthousiaste et efficace à la constitution de cet Institut, il convient de signaler MM. BROCHE, de GIRODON-PRALONG, RACLET, GRELLET, de VAUGELAS, etc.